Petite ode à la démarche scientifique

Je rêvais d’être pompier, puis un autre jour astronaute, puis plus vieille, j’ai voulu, pendant de longues années, aller en médecine, maintenant mon chemin m’a mené ailleurs. Je suis maintenant chercheure et bientôt ostéopathe, mais dans ce domaine où l’on côtoie des thérapeutes parfois excentriques et pas du tout classique, je me pose bien des questions. Malgré la nouvelle tendance aux thérapies et médecines alternatives (dont je fais moi-même partie) pourquoi laisser de côté cette démarche cartésienne, mais ô combien importante, qu’est la démarche scientifique ?

Dans cet esprit, j’aimerais remettre sous les projecteurs cette démarche qui a façonné mes nombreuses années universitaires et qui encore aujourd’hui, ne cesse de me faire soupirer. Sa définition est toute simple : c’est l’ensemble des guides visant à produire des connaissances scientifiques. Ceci est donc une définition très large. On retrouve aussi le concept de la science qui est encore plus large. Aujourd’hui, nous retrouverons ce concept de sciences à toutes les sauces : les sciences biologiques, chimiques, anatomiques, de la nutrition, des mathématiques, de la physique, etc. De plus, nous avons aussi les sciences infirmières, économiques et les sciences de la gestion et des finances. Le point où je veux en venir, c’est que nous sommes dans un tournant important de l’ère moderne où l’information et la désinformation va beaucoup plus vite que ce que l’homme est capable d’absorber et que les découvertes fusent de toutes parts. Le progrès est tout à fait nécessaire et subit des changements de paradigmes échelonnés sur plusieurs décennies. Ce qui veut dire que ce que l’on croyait la norme et la vérité autrefois ne l’est peut-être plus aujourd’hui. Pensez à la théorie d’autrefois, où l’on croyait que l’humain était formé de quatre types d’humeurs (liquides) qui déterminait notre tempérament, ce fut le début de la médecine antique qui heureusement a été réfuté lorsque la dissection post mortem a fait son apparition. Nous sommes selon moi dans un très grand changement de paradigme, où la science nous apporte beaucoup de réponses avant même que les questions se pointent le bout du nez. Nous réalisons que certains spécialistes ayant détenu la vérité durant de nombreuses années, n’apportent plus les bonnes réponses aujourd’hui. La formation continue est en soi un processus de changement de paradigme pour les individus leur permettant d’évoluer sur le plan de leurs connaissances. Mais attention ! Toutes informations ne sont pas nécessairement bonnes à prendre en considération.

Si nous revenons à notre démarche scientifique, cette dernière qui, lorsque maitrisée correctement, permet deux types d’approche qui selon moi, sont les meilleures afin de s’assurer que l’information n’est pas faussement perçue, erronée ou mensongère. La première approche est l’approche descriptive et d’induction. Celle-ci permet à un individu de décrire dans le détail et la précision des structures ou des processus ayant subi une observation poussée. Ceci permet de colliger des informations et connaissances précieuses et rigoureuses pour arriver à des conclusions, afin de comprendre un phénomène. La partie inductive est plutôt faite à partir de données déjà colligées, ce que l’on pourrait appeler des méta-analyses. La deuxième approche est de type hypothético-déductif. C’est celle que l’université a tenté de m’enseigner durant mes interminables études en recherches fondamentales. Cette approche combine l’observation, la formulation d’hypothèse, une recherche médiagraphique, l’expérimentation afin d’accepter ou de réfuter l’hypothèse, la compilation des données, l’analyse statistique des données, l’interprétation des résultats et finalement la théorie en lien avec les résultats qui permettra l’élaboration de lois qui seront communiquées à la communauté scientifique. Ceci fait bien des étapes (en effet très lourdes), mais elles sont requises lorsque l’on veut parler d’une science et non d’une pseudoscience.

Je me vois en tant que chercheure et bientôt thérapeute en médecine alternative (ostéopathie) au centre d’un débat, fort intéressant, entre ce que l’on appelle la science et la pseudoscience clinique. Si je veux qu’un jour on reconnaisse ma profession comme scientifique, je dois commencer à me comporter comme une scientifique et donc commencer dès maintenant à utiliser cette démarche scientifique. Lorsque je discute et lis sur des sujets intéressants (je l’avoue, moi aussi j’aime Wikipédia), mais qui n’apportent pas de l’information recueillie avec rigueur selon un cadre de démarche scientifique, j’ai beaucoup de difficulté à prendre cette information pour acquis et diffuser cette information parmi ma communauté. Donc, sans jeter le blâme sur qui que ce soit, un de mes souhaits les plus chers serait le développement de l’esprit scientifique rigoureux et sérieux au sein de toutes les nouvelles sciences émergentes. Cet esprit, il faut le travailler en groupe, exiger le détail, la précision et ne pas se laisser influencer par des données qui semblent extraordinaires, mais qui découlent clairement de conclusions trop hâtives. La recherche, même si parfois elle est la mal-aimée des médecines alternatives, est nécessaire à l’élaboration d’un cadre qui permettra une certaine notoriété et reconnaissance aux yeux d’innombrables professions qui elles, ont basculées vers cette démarche qui n’est pas si diabolique, si on se donne vraiment la peine de l’appliquer.

Anaïs Beaupré D.O. Directrice Pédagogique.

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